« La terre est la maison des vivants ;
Elle est équanime et impartiale envers l’animé et l’inanimé.
Ainsi parla le Bouddha d’une voix qui dit la vérité ;
En prenant la grande Terre à témoin.
Tout comme un être noble reconnait la bonté d’une mère intelligente
Et lui témoigne de la reconnaissance,
De même il convient de traiter avec affection et prévenance
La Terre, notre mère universelle,
Qui donne à chacun une nourriture égale » - le XIVème Dalaï Lama.
Une alliance pour l’harmonie
« Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».
C’est ainsi que, dans l’acte constitutif de l’UNESCO (The United Nations Educational, Social and Cultural Organization, art. 1), les nations du mondes appellent à résoudre les conflits en considérant leurs causes dans l’esprit des hommes, c’est à dire dans leurs racines spirituelles. De même, la crise écologique qui menace l’harmonie des équilibres de la nature et de la société, prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les principes de l’harmonie.
Fondamentalement, comme l’exprime Denys Rinpoché :
« spiritualité et écologie ont un même domaine, celui des éléments omniprésents : terre, eau, feu, air et espace ; et une même fonction : favoriser leur harmonie naturelle source de santé et de bonheur ».
La rencontre entre l’écologie et la spiritualité n’est pas une nouveauté moderne. Elle réactualise un lien ancestral et naturel : la continuité entre les domaines de la nature et de l’esprit qui l’anime. La crise écologique contemporaine nous révèle que le déni de cette continuité naturelle est aussi absurde et dangereux que la séparation entre l’homme et la nature.
Comme en témoigne Sa Sainteté le XVIIème Karmapa dans son Guide pour l’Environnement :
« Dans la plupart des parties du monde, les gens avaient autrefois une relation directe avec l’environnement. Ils utilisaient les ressources que la nature leur procurait selon les besoins découlant d’une vie simple, ce qui était rarement dommageable à la Terre (…). Nous étions très prudents dans l’utilisation de l’eau, du bois ou des autres ressources naturelles. Je ne me souviens pas avoir jamais vu de déchets, car les gens trouvaient toujours une utilisation pour tout. Ils faisaient attention à ne pas gaspiller l’eau potable de leurs sources. Enfant, je me souviens avoir planté un arbre pour protéger notre source locale et, lors de mon départ pour Tsurphu, je demandais à mon père d’en prendre soin.
Dans mon pays d’origine, nous n’avons peut-être pas reçu d’éducation formelle, mais nous avons hérité d’un souci traditionnel pour l’environnement. Même les enfants considèrent comme sacrés les montagnes et les rivières de leurs paysages ainsi que certains animaux sauvages et les traitent avec le respect qui leur est dû. Cela fait partie de leur héritage familial et de leur culture traditionnelle ».
Des fondements naturels communs
Cette continuité entre l’écologie et la spiritualité se comprend au niveau de leurs fondements naturels communs et de l’éthique qui en découle.
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Harmonie et interdépendance sont des fondements naturels communs.
« Lorsque ceci est, cela est ; lorsque cela émerge, ceci émerge ; lorsque ceci n’est pas, cela n’advient pas ; la cessation de cela entraîne la cessation de ceci » – Bouddha Sakyamuni
« L’écologie, entendue au sens large, met en évidence l’interdépendance fondamentale de tous les phénomènes et notre intégration (donc en définitive notre dépendance) aux processus cycliques de la nature, en tant qu’individu et que société » - Fitjof Capra.
L’harmonie de la vie est la propension de tous les systèmes vivants, spirituels et matériels, à préserver leur homéostasie. C’est-à-dire leur équilibre interne et relationnel. Autrement dit, l’harmonie est la condition et aussi l’aspiration de tous les vivants au bonheur.
L’interdépendance de tous les phénomènes est une réalité reconnue traditionnellement et scientifiquement. L’’intelligence et l’expérience profonde de l’interdépendance est, d’un point de vue spirituel, la compréhension du caractère relatif des égos individuels et la libération de leurs aliénations dans la Nature absolue. Du point de vue écologique l’interdépendance est la réalité systémique des phénomènes naturels dont l’intelligence est mis au service d’un rapport équilibé entre l’homme et la Nature.
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Les valeurs humaines et la responsabilité : une éthique universelle.
Nous avons besoin aujourd’hui d’une approche holistique des problèmes, associée à un sens authentique de la responsabilité universelle, basé sur l’amour et la compassion - Sainteté le XIVème Dalaï Lama.
Les valeurs humaines consistent, dans le domaine spirituel, en le développement des qualités de sagesse et d’amour et, sur le terrain écologique, en l’application de ses valeurs de justice et de non violence à l’environnement dans l’intérêt de tous.
La responsabilité spirituelle de tout être humain s’exprime dans l’engagement sur un chemin, quel qu’il soit, de transformation intérieure ; et la responsabilité écologique de tout citoyen du monde est de transformer ses habitudes de consommation nuisibles à l’environnement en un mode de vie bien intégré à l’économie de la nature.
Habitant et habitacle sont interdépendants
En bref, l’écologie est la science qui tend à comprendre et à préserver l’harmonie de l’environnement extérieur : l’habitacle. La spiritualité est la science de l’esprit qui permet de réaliser l’harmonie intérieure, celle de l’habitant que nous sommes. Habitant et habitacle étant interdépendants, nous ne pouvons vivre hors de la Nature - écologie et spiritualité se rejoignent dans une vision et des moyens de développement de l’harmonie intérieure et extérieure.
L’éducation à un changement de mentalité est , pratiquement, le fruit de la rencontre entre l’écologie et la spiritualité et aussi le remède à la crise. Car il ne peut y avoir d’écologie extérieure sans écologie intérieure. Or les problèmes étant planétaires c’est une éducation à laquelle devrait coopérer toutes les traditions spirituelles et humanistes. Il s’agit de coopérer pour passer d’une mentalité d’exploitation et de consommation dévastatrice à un esprit de contentement et de sobriété heureuse célébrant les bienfaits de la Nature et de l’intelligence humaine. C’est dans cet esprit que la tradition du Bouddha propose une éducation à l’harmonie fondée sur le développement de la compréhension de l’interdépendance, la pratique de la contemplation et une discipline éthique de non violence.
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